Allons à Lorient

Posté le Jeudi 25 août 2011

Nous sommes passés dire bonjour à Saint-Goustan à Auray et nous voici à Lorient. C’est une ville que j’aime beaucoup. Je vais aller faire un tour à Colbert et Dupuy pour voir s’il n’y aurait pas deux ou trois anciens de l’EDAP 56 ; j’aimerais leur dire merci de m’avoir appris mon boulot. Et s’il reste cinq minutes je passerai à l’UBS saluer Eric Limousin (directeur de la fac, bravo !). Le père Chappé je devrais le trouver au « Parisien » à cette heure, on pourra causer de Terre-Neuve, j’ai encore tant à apprendre…

Phaéton est perplexe « Tu pousses le bouchon un peu loin, et tes lecteurs ? »

Je les laisse en bonne compagnie, avec « Shangaïé », groupe éphémère mais ô combien talentueux. Le choix a été difficile mais j’ai tranché (comme on dit à l’Elysée, cela m’a toujours fait rire d’imaginer le Président, à son étal, habillé en chevillard, à débiter un quartier de boeuf ). Ce sera « Aux quais du vieux Lorient »

 

shangaie769.jpg
Je suis sûr de ce qui va suivre…. »Ils sont chinois tes musiciens ? »

Mais non Phaéton. Un shangaïé c’est un marin enrôlé de force pour compléter un équipage. La ruse marchait pas mal non plus, on saoûlait le pauvre bougre qui se réveillait…en pleine mer et pour un sacré bout de temps.

Bon, comme la chanson est un peu longue, j’ai trouvé les paroles sur internet.

Bonne écoute ! (et j’insiste, c’est un fichu bon CD)

 

 

Aux Quais du Vieux Lorient

Aux quais du vieux Lorient
Accostent lentement
De lourds vaisseaux marchands
Tout alourdis d’épices
De soieries de diamants
Guidés par les courants
Dont les caresses glissent
Tout au long de leurs flancs
Comme une main complice
Comme une main d’amant

Aux quais du vieux Lorient
Des bateaux noirs et blancs
S’amarrent bout au vent
Tout tatoués de sel
Moisson de l’océan
Tout enivrés des vents
Qu’ils dérobent au ciel
De l’acier des haubans
Qui tranchent et qui flagellent
Au gré de leurs tourments

Aux quais du vieux Lorient
Des jeunes de cent ans
Et des vieux de vingt ans
Tout encombrés de rêves
Débarquent en riant
Débarquent en chantant
Pour l’escale trop brève
Des amours d’un moment
Qui commencent et s’achèvent
On sait trop bien comment

Aux quais du vieux Lorient
Des filles en bonnet blanc
Attendent coeur battant
Ceux du gaillard d’arrière
Ceux du gaillard d’avant
De retour du Levant
Mais se taisent trop fières
Pour se mettre en avant
Pour être les premières
A l’heure des serments

Aux quais du vieux Lorient
Des coureurs d’océans
Revenus triomphants
Offrent aux équipages
Quelques heures de bon temps
Dans des bouges bruyants
Où les coeur font naufrage
Sous les coups de trident
Des filles trop volages
Qui offrent leurs vingt ans

Sur les quais de Lorient
Se donnent au plus galant
S’éloignent en riant
Abandonnant légères
Des bouffées de printemps
Du bonheur d’un instant
Des amours éphémères
Qui s’envolent au vent
Des prochaines croisières
Loin des quais de Lorient

Aux quais du vieux Lorient
Des filles en bonnet blanc
Attendent coeur battant
Ceux du gaillard d’arrière
Ceux du gaillard d’avant
De retour du Levant
Des amours éphémères
Qui s’envolent au vent
Des prochaines croisières
Loin des quais de Lorient.

 

kernoa @ 8:47
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La Folle journée…Enfin la fin !

Posté le Mardi 23 août 2011

Le muscadet était bien bon. Bien sûr, pas question de mettre du cassis ou de la mûre là-dedans, il se suffit à lui-même. C’est comme des glaçons dans un bon single malt, ne pas oublier que la glace est la forme la plus pernicieuse de l’eau. Mais enfin, nous vivons une époque de métissages (enfin pas trop quand même, ça ne métisse pas beaucoup dans les centres de rétention).

Toute la famille était là, on s’est fort embrassés avec Simone. Il est vrai que l’on ne voisine pas pendant quinze ans sans que cela ne crée des liens. Maurice et Isabelle, toujours égaux à eux-mêmes : une bonne parole, une plaisanterie et les nouvelles du bourg.

Bien sûr, il a fallu que l’on reste manger. On a parlé béton. Dame c’est vrai qu’il a fallu en étaler des toupies quand il a refait sa stabulation. Il sait tout faire, Maurice. Les amis étaient là, une bonne ambiance, un grand souvenir. De l’entraide, du travail collectif comme pour l’ensilage avec son ballet de tracteurs.

Tant de travail, tant de risques pour, ces temps-ci, si peu de choses au bout de l’année. Mais jamais de plainte, on continue parce que c’est comme ça et dame bon dieu ça va s’arranger.
On a aussi parlé de notre ancien facteur qui partit à la retraite un peu avant que l’on déménage. Pas ben grand par la taille mais un coeur gros comme ça. Toujours à s’arrêter prendre des nouvelles et nous en donner. C’était parfois la seule voiture qui passait devant chez nous de toute la journée.

Ça crée du lien disent les savants. Il passait chez nous vers 14 heures, nous étions sa fin de tournée, alors il s’arrêtait souvent, un petit coup de gros plan de temps en temps, rien d’exagéré. « Non, non je ne veux rien, tu comprends, on peut pas s’arrêter partout ». Je suis sûr que nous n »étions pas les seuls à l’inviter. Un service à rendre, le sac de médicaments de la personne âgée vivant toute seule : sous le siège de la 4L. « C’est normal tu comprends ». Oui je comprends mais pas les nimbus qui nous dirigent, qui n’ont que la rentabilité pour crédo,…à vomir!

J’aurais dû demander à quelle heure arrivait le courrier ces temps-ci, je parierais entre dix et onze. Là où je suis maintenant, on ne voit plus notre factrice (une bretonne expatriée aussi tiens). Ça a tenu deux trois ans et puis nous avons eu plein de têtes nouvelles et des horaires assez facétieux. En juillet, ce n’était plus la voiture jaune avec l’hirondelle, non c’était une voiture de location (Ada ?). Je n’ai rien contre ces têtes nouvelles, on arrive à se saluer de loin, de temps en temps, quand ils ont le temps, dame il ne faut pas risquer le CDD que leurs cuistres de patrons leur accordent (des dizaines, des centaines ai-je lu). Et au bout un salaire de misère sans perspectives.

Leurs patrons, de serviles technocrates au service de négriers gavés de tout et qui n’en ont jamais assez !

Bien sûr, si Standard and Poor’s avait donné une note à mon facteur, cela aurait certainement été des lettres qui font du point au scrabble.

Je souhaite qu’un jour, un de ces encravatés à quelques milliers d’euros le costume (je n’ai pas que les Américains en tête !) se retrouve avec la « retraite des vieux », sans voiture dans une petite maison du Morbihan, au bout d’un chemin, avec un gros bobo, type grippe ou mal de dents. Peut-être en aurait-il besoin de mon facteur pour ses médocs ! Pour faire du lien !

Allez, j’arrête de m’énerver, « c’est baisé de toute façon, on va finir à la jaille avec des citoyens pareils ! » (la jaille c’est du gallo, na !).

Mon facteur, juste une histoire qu’il nous a racontée un jour. Un de ses « clients » n’avait pas de boîte aux lettres. Un brave gars mais bon il faisait une fixation sur la boîte à courrier. Pas simple d’assurer une distribution ; sous la porte, dans les volets….

Notre préposé résolut de guérir le mal par le mal. Il s’enquit d’un bidon de 200 litres, en métal, un de ces gros bidons sonores de dans le temps. Trois rectangles découpés de haut en bas, avec peint sous chacun « lettres », « paquets », « journaux ». Il m’a assuré l’avoir transporté et caché dans le secteur avec sa voiture personnelle (j’ai un léger doute, c’est grand une 4l jaune !). Il se préparait à installer le « monument » un matin et de glisser le courrier dedans. Hélas, le bougre parlât un peu trop. La nouvelle vint aux oreilles de deux compères, pas des tristes. Le jour venu il allât quérir le bidon, l’installât en appelant son heureux propriétaire. Sortirent alors de je ne sais quelle cachette nos deux compères, l’un en curé, l’autre en enfant de choeur, venir bénir le bidon…au muscadet.

Nous avons bisé tout le monde et pris à l’Ouest, vers Lorient. Phaéton, qui comprend toujours tout, m’a juste demandé « le Nord ? ». Non Phaéton, je serais bien allé baiser une bolée avec le facteur, je sais qu’il est à une dizaine de kilomètres par là-haut mais on s’éterniserait, et puis Jeff n’est pas loin et là on en aurait pour longtemps.

« Jeff ? » Mais oui, rappelle-toi, nous l’avons vu à la vieille auberge, c’est un talon breton.

« Un talon ? » . Un talonneur si tu préfères, ça va les amuser dans le Sud-Ouest mais il y a ici une sacrée bande d’apôtres du ballon ovale, qui vous « poussent le boeuf » à Malestroit. Tous les ans, lors de la fête, on fait griller un boeuf entier, toute la nuit. Ce sont les rouge et jaune qui ont l’honneur de pousser la bête (ficelée sur sa « voiture »jusqu’au -grand barbecue-). C’est lourd un boeuf, Phaéton, j’eus l’honneur, en tant que père de joueur de pousser la bête. Mais ce n’est rien, tu m’entends ce n’est rien à côté de ce qui peut se passer après que la mission se soit terminée.

Il va falloir un jour que je lui explique le sens de « troisième mi-temps »!

Cap à l’Ouest !

kernoa @ 19:00
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La Folle journée…ultime incident de parcours

Posté le Mardi 23 août 2011

Je ne sais comment t’expliquer, cher lecteur, les capacités de mon Phaéton. Autant il peut filer comme l’éclair, autant nous pouvons marcher de conserve, l’un à côté de l’autre. C’est justement le cas aujourd’hui, nous sommes invités chez Simone à 300 mètres à peine. Développement durable oblige, nous irons pedibus.

Je suis content,  je chantonne du Guillemer dans ma tête, sans doute un peu à haute voix (cela m’arrive quand je chante « dans ma tête »).  Phaéton, qui sait tout de mes travers, m’interroge

« J’aurais pensé entendre « Bugel en Enez »"

Il a raison, c’est ma préférée sur cet  album. Mais pourquoi chantonner « Rame la vie » ?

Bon qui ne connaît pas Guillemer ? C’est ici . Vous pouvez profiter de tout, j’en aime plein mais j’ai un faible pour cette idée que tout s’arrête pour que dorme un bébé ! (encore que « Au Cabestan devant Ouessant…!)

Deux vers de la chanson me trottent dans la tête

« Il ne faut pas que le souvenir sombre

De ceux qui sont restés à l’ombre »

Une carte postale s’impose. Je sais que Phaéton a faim et soif, qu’il piaffe, comme toi, cher lecteur. Mais, Hic et Nunc je me dois d’avoir le plaisir de le faire car ces gens le méritent.
Pour Sandrine d’abord, qui doit se reposer et comprendre que les après-midi sont longs sans elle. Pour Claude, petite main mais grand coeur, organisatrice inégalée de fêtes fort bruyantes et sympathiques. Jean-Paul ensuite, vénéré RLE, qui, vainement, essaye de mettre un semblant d’ordre sans cette pétaudière. La Dame aux chevaux aussi, comme Nathalie, consoeur d’un cours, les grands profs de maths, musiciens ou non, Geoffroy pour qui les langues sont un problème plus simple que le quotidien, mon ami George « No Pasaran » homme de grande valeur, Momo, et son fort sympathique complice de clavier, qui va bientôt devenir le Chibani du club (t’inquiète, je suis encore là), le récent Auvergnat, parti, comme Karim qui lui occupe d’autres cimes. Et bien sûr pour Anne qui m’a fait connaître tout ce petit monde.

Qui que j’ai pu oublier c’est involontaire, pardon.

La liste serait incomplète sans une pensée pour Martial et Marco (grand bonhomme) et tous ceux, dont j’ignore le prénom, qui m’ont fait comprendre qu’il n’y a pas à gratter très fort sous le bleu pour trouver gentillesse et humanité.

Et pour tous les élèves bien sûr…

A tous, je dois beaucoup.

kernoa @ 0:32
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La folle journée…pause pédagogique

Posté le Dimanche 21 août 2011

Ami lecteur, si les choses de Bretagne n’ont pas de secrets pour toi, passe ton chemin, je ne t’en voudrais pas.

Phaéton n’est guère curieux mais en quittant notre ex-chaumine il m’a quelque peu interrogé sur mon pedigree. « Pourquoi s’être installé ici ? »

Sacré complice, toujours la bonne question !

Je dus donc lui conter que les origines, bien que très diverses, n’ont rien à voir avec l’Ouest de la France. Mes premiers contacts avec la Bretagne datent de vers l’an dixième de mon âge quand j’en vins à « travailler » (comme on peut le faire à cet âge) chez un agriculteur de ma commune à une petite centaine de kilomètres de Paris. Il avait coutume de prendre un ou deux garnements pour « bricoler ». Nous le connaissions d’avant car quasi tous les jours c’était la laitière à aller remplir à la ferme. Oui, on « allait au lait ». La traite (à la main) n’était parfois pas finie alors on laissait la laitière sur la table, fermée, avec les quelques pièces dans le couvercle.

Et bien sûr on allait jouer dans la ferme (il y a tant à découvrir dans une ferme).

Quand tout était fini, il appelait et l’on s’en retournait avec le bidon plein.

C’est comme cela que l’on fît connaissance. Ce fut surtout vers 14-15 ans que je cessai le bricolage pour passer aux choses sérieuses, les betteraves par exemple ou la moisson.

Il nous donnait trois quatre sous (c’était une petite ferme) mais surtout il y avait le rituel : le café, juste avant la traite, sur les coups de cinq-six heures ; et surtout la grosse tartine de pain et de beurre salé à tremper dans le bol. Du beurre salé, à cette époque, dans un petit village d’Ile de France ! Il n’y avait que chez lui que l’on trouvait cela.

Il avait un accent, sa femme surtout. C’était mon premier Breton. On s’est revu ensuite, très souvent, il avait pris d’autres garnements car j’avais grandi mais je pouvais fréquenter le café du coin (je ne parle que de cafés, de canons et d’apéros dans ce blog. A cette époque je fonctionnais au Vittel-Cassis). Il me racontait sa Bretagne qu’il avait quittée comme ouvrier agricole et se montrait tout content d’avoir pu, à force d’économies, s’acheter cette petite exploitation.

C’était un peu la même histoire que « Bébert », ouvrier agricole de chez nous aussi, originaire de Pluvigner, Breton aussi qui après pas mal d’années employé de ferme s’en vint travailler à l’usine, y restât longtemps et put passer sa retraite dans le petit pavillon qu’il s’était fait construire.

Des gens durs à la tâche. Ce qui nous amusait, c’est qu’à la ferme, devant nous, mari et femme parlaient en français mais dès qu’ils se querellaient c’était dans un drôle de langage. Parfois aussi, en buvant le café, une phrase échappait à l’un ou à l’autre.

Phaéton ne semble guère en voir où je veux en venir. Je ne vais pas lui faciliter la vie.

Il y eut ensuite cette affaire du bac. Nous devions  rendre nos dossiers d’examen ce jour là, remplis au stylo bille noir, sans rature aucune sinon : « pas valable donc pas d’exam ». Je m’étais proposé d’aller essuyer le tableau de la prof d’anglais, espérant peut-être regonfler une moyenne qui ressemblait à celle d’un climat très continental. Ce fut en vain, je vous rassure, mais au retour à ma place je vis ce cono de Patrice mon voisin, hilare du bon tour qu’il m’avait joué en cochant sur mon dossier « Langue régionale : oui, laquelle : breton » au joli stylo à bille noir ineffaçable.

Je passai donc l’épreuve quelques mois plus tard, à Paris, en compagnie d’un collègue du lycée bardé de textes et documents alors que je n’avais pour tout viatique qu’une méchante chanson, quelques mots de vocabulaire et pas mal de jurons (tout ceci transmis à l’oral par mon ex- fermier d’employeur).

Heureusement l’affaire se terminât bien et j’y trouvai quelques avantages.

La vie d’étudiant fut marquée par la Renaissance de la harpe celtique de ce bon Alan Stivell (je le vis trois fois en concert) et mon premier séjour en Bretagne fut organisé par la fac en licence de géographie. Cela bougeait pas mal dans le milieu de la géographie bretonne à l’époque. On parlait territoires, désenclavement, crise démographique, modèle agricole, pouvoirs, développement pérenne… (déjà !) mais pas beaucoup de langues et de civilisation.

Servat, Caradec : voilà ma Bretagne. Pour moi, cette terre-là était intéressante mais uniforme dans sa langue et sa culture. Idiot bête ! La révélation vint du côté de Lannion et de la Fête du PC de Perros-Guirrec. Des copains m’avaient invités dans la maison familiale. Je fis des rencontres, j’appris un peu.

« Donc tu ne fus qu’en Basse Bretagne ? » s’impatiente Phaéton.

Ben oui mon neveu ! Et quand j’obtins ma mutation pour Rennes je ne savais rien de la Haute, hors le fait, inventé de toute pièces dans ma sale caboche, que l’on y parlât moins le breton qu’ailleurs.

L’installation dans le redonnais me mit la puce à l’oreille : trouver une location, les premières nécessités, les démarches habituelles me firent rencontrer du monde au drôle d’accent (pour un parisien de mon espèce). La révélation fut l’oeuvre de mon ami Pinpin, nommé comme moi dans ce collège, de quelques années plus vieux mais guère avec. Au mitan de la pré-rentrée il me proposât tout net d’aller baiser Labollée. Ne souffrant ni de priapisme et ne connaissant point la dame je déclinai l’invitation, un peu surpris de la conduite de mon camarade. En riant il m’avouât le pot-aux-roses : point n’était question d’aller s’esbattre avec une certaine Labollée mais d’aller boire un coup qui se dit ici une bolée. J’avais découvert le gallo, il ne me quitterait plus.

C’est ainsi, cher Phaéton, que nous sommes sur la route de chez la voisine (pas ben loin !) pour aller baiser une bolée avec elle, en toute amitié.

Elle parle gallo, mon aîné le parlât tout petit, Tata Jeanine et l’oncle Zézé ne s »exprimant qu’ainsi comme des dizaines d’autres. Bien sûr, ils faisaient, au début, l’effort de se mettre au niveau de francaoui comme nous mais la nature reprenait toujours le dessus. Et comme nous nous y mîmes, même modestement, il n’y eut plus de limites.

J’ai souvenir, un soir d’été, que la fille de la voisine (celle que nous justement allons revoir) et son fils vinrent nous visiter. Le ciel était chargé en cette fin d’été, les « bêtes d’orage », insectes volant qui nous ostinent sévère, s’en donnaient à coeur joie. Celles-ci étaient un peu différentes de celles que je connaissais dans mon pays de betteraves, je m’enquis de leur nom. « Ben c’est des hips ! » (je transcris.). Un peu plus tard sa maman nous dit que « les hips étaient méchants ce soir là », comme elle aurait pu dire que la « guêpe – prononcer gueupe – vouzonne ».

Je n’ai jamais trouvé la traduction française, je m’en fous, quand ça arrive ben je dis simplement « les hips en ont après ma ». Et puis  demain « on va roucher des pataches » `

 

Et voilà le bout !

Un bon reportage sur le gallo, fait par des élèves de Lamballe, si vous ne connaissez pas, prenez patience c’est très intéressant. Allez sur le site, c’est un peu trop pour le charger sur le blog

c’est ici

kernoa @ 17:32
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La Folle journée….Ça va t’y pas bientôt finir ?

Posté le Dimanche 21 août 2011

Nous voilà devant notre ex-propriété. Prudent Phaéton s’est mis côté ombre. ll fait chaud (cela arrive plus souvent qu’à son tour en terre armoricaine, n’écoute pas les commérages, cher lecteur). Les genêts craquent.

Description facile du domaine : un terrain de football, un demi-hectare, 50 mètres côté route, 100 mètres de profondeur. Un petit 10 mètres pour atteindre la demeure, c’est la cour. Plantée en façade devant toi la bâtisse en pierres. Elle n’est guère large, une douzaine de mètres mais la construction qu’on lui a accolée à mi-pignon côté droit lui donne un air un peu étrange, comme une tête qui n’aurait qu’une oreille.

Ne vas pas rire, les trois yeux que sont les chiens-assis du premier te regardent. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont petites, celle de gauche est barreaudée de métal. J’ai, dès le début, cimenté les joints de terre et les ai recouverts d’un peu de blanc autour de la porte.

Tout ce beau discours a des côtés dignes d’un marchand de biens ou d’un notaire, ce n’est pas notre style. Entre donc chez nous, toi qui veux t’en faire une idée, tu y verras plus clair (ça c’est pas sûr).

Dedans c’est pierre et bois avec des rangements en briques. Ce n’est pas mal fait, l’ancien propriétaire qui a tout rénové lui-même y tâtait pour ce qui est du bois. Un peu moins en ce qui concerne l’électricité.

Carreaux de terre rouge par terre et l’immense cheminée, que nous avons rarement utilisée car ma chère et tendre entretient des rapports assez équivoques avec ce qui est du domaine de l’incendie. A preuve, à notre arrivée, l’énorme cuisinière (bois, charbon et tout ce qui brûle…) qui servait à cuire la soupe et alimenter le chauffage central. La machine à Belzébuth (il me souvient d’un tuyau de poêle un peu rougi, ce qui n’est guère prudent quand le bois domine votre intérieur).

J’alimentais la bête (avec un peu de tout). Lors d’une absence de quelques jours, ma femme, qui n’avait pas chaud, essaya vainement de l’allumer pendant deux jours. Bon, ça l’a réchauffée, d’accord, mais c’est à partir de ce moment que nous passâmes à la chaudière au fuel, installée par un malpropre, qui plus est paresseux, refusant de percer le mur (80 cm) pour faire passer la tuyauterie. Sa solution miracle fut de nous installer une chaudière d’intérieur, toute de discrétion selon ses dires.

Le vilain menteur ! Il fallait, à l’automne, pouvoir entendre le barouf périodique de la machine. Nous nous y étions faits mais quelques invités en conçurent une certaine frayeur. J’ai encore le bruit dans l’oreille. Ce n’est toutefois pas le son premier que je retiens de la maison, non, c’est surtout le bois qui craque. Sur les poutres apparentes de la grande pièce du bas un plancher de châtaignier. Le grand escalier (de bois aussi) sous lequel se tient tant bien que mal le piano conduit aux trois chambres du haut, alignées sur ce qu’un agent immobilier appellerait une mezzanine et qui n’est en fait qu’un petit couloir.

Impossible d’aller la haut sans faire grincer les marches, d’être dans les chambres sans que cela ne s’entende en bas. Faites donc jouer des gamins là-haut ! Et puisqu’il faut dire la vérité, si dans certains hôtels des couples font grincer leur lit, nous on faisait grincer la maison. Ne vas pas t’imaginer une quelconque surpuissance chez votre serviteur dans le domaine sexuel (pas de messages mesdames !). Chacun eût fait de même. Non, non, ça craquait de partout, c’est tout. Une salle de bain « rustique », des toilettes et mon « bureau », enfin le débarras « jardinatoire »de l’ex-proprio que j’avais « réaménagé ». Des bouquins partout, de la poussière, pas mal d’araignées. On était bien là-dedans !

Les fenêtres sont petites, la grande salle est assez sombre. Au début nous étions « en bout de ligne » électrique. Quand notre fermier de voisin démarrait la traite la lumière baissait chez nous.

La grande table, que ne me souviens guère avoir vue sans son empilage (impressionnant) de revues, journaux, magazines, réclames, courrier ouvert et laissé là. Une partie intégrante du décor.

Il fallait un buffet, je le construisit avec des lames de parquet. Pas très esthétique il nous a quand même servi jusqu’à la fin (pas mal de bazar aussi sur le buffet).

Une sorte de cave à l’arrière avec un grenier au-dessus. Un « cabanon » de bois qui tint le coup les plus de quinze ans de notre présence, à la différence du « garage », en bois lui aussi, qui ne résistât pas à la grande neige de 2004.

Phaéton ne m’a guère fait compliment. « Trop longue, trop terne, trop banale ta description; Ça manque de vie tout cela ! »

Il a raison le vieux complice, d’abord parlons des bêtes, les gens viendront après ! »

Des bêtes : on en a eu des tas. Des chiens, des chats, une chèvre, des canards….J’en oublie. Tout ce petit monde vivait dans la bonne entente, chacun trouvant qui une gamelle, qui des graines ou un peu d’herbe. Un nom aussi, enfin pas les canards. Ils sont pour beaucoup enterrés dans le secteur, ils y ont vécu (heureux j’espère) c’est bien normal qu’ils y reposent. Ce n’est pas sans tristesse que je fis le fossoyeur mais il le fallait bien faire. Et puis, la terre était facile !

Dans le genre animaux « domestiques » nous avons eu parfois ceux des autres comme ces six vaches (des génisses) qui vinrent s’installer une nuit dans le carré d’échalotes. Ça jardine mal une vache ! Que faire par une nuit noire sur les coups de minuit quand vous trouvez ça chez vous ? Des vaches ? Elles sont à la ferme d’à côté. C’était dans les débuts, je n’avais pas de numéro de téléphone. Allons-y ! Un petit côté Maigret de réveiller les gens en pleine nuit. Ce n’était pas les siennes mais il les mit dans un pré, les rendit à leur maître qui par lui m’en remerciât. Je ne l’ai jamais vu. J’aurais pu lui garder rancune de ces timides remerciements, je ne l’ai jamais fait. C’était chose normale. J’ai compris plus tard que si quelque ennui me fut arrivé à une heure indue, j’aurais pu frapper n’importe où dans le secteur, la porte se serait ouverte tant cela semblait « normal ». En est-il de même là où je suis à cette heure ? Je l’espère mais ça ne me semble pas si évident. Je suis devenu un « périurbain » !

Bon, je vous ai conté de la domesticité animale mais il ne faudrait pas oublier les autres, les que tu n’as pas invités mais qui sont chez eux-quand même. Le chevreuil qui, le matin de bonne heure, pointe son museau dans le champ d’à côté. Le choeur permanent des oiseaux, on n’entend qu’eux dès le matin. C’est normal, le premier (et seul) voisin est à quoi, 200-300 mètres. Les lapins, discrets mais présents. Le renard c’est sûr, lui qui me tua tant de canards, même pas pour les manger puisqu’il les a laissé là. Les autres ce furent les sanguinaires du dimanche en bottes et tenue camouflée qui me les finirent. Finalement je me demande si je ne préfère pas le renard.

Il y en a même eu un de ces Tartarin qui a osé venir exercer sa fâcheuse passion sur nos terres. On a fait les casques bleus et reconduit le vampire sur la route. Il n’était pas content. A la différence de mon épouse je ne suis pas un fanatique anti-chasse (je fus chasseur moi-même deux petites années en mon jeune âge). J’allais souvent avec un brave pépère qui marchait à l’économie. « Doit y’avoir un lièvre dans le champ de luzerne, je vais le chercher » ou « Y’a sûrement un perdreau dans le petit bois ». (Je le soupçonne , sous prétexte de promener le chien, d’avoir passé une partie de la semaine à observer son petit coin bien en détail, une sorte d’agent de quelque  cinquième colonne en quelque sorte). Il y passait son dimanche entier dans son petit secteur. A moins qu’il ne tue quelque chose (ça lui arrivait souvent), il repartait chez lui sur l’heure estimant que « ça suffit bien comme ça ». J’aurais bien voulu être comme lui mais vint le temps des battues et des fermés où, pour contenter tout le monde, on pratiquait des « lâchers ». De pauvres grosses poules déguisées en faisans, sortant juste de leurs cages (au mieux la veille), ne goûtant guère ce court sursis de liberté dans un monde qui leur faisait peur. Et le massacre commençait. Un beau tableau ! J’ai vite filé.

Tu vois Phaéton, on était gâtés question compagnie. Mais je ne t’ai pas dit les araignées, les iules (mon dernier, tout bébé, n’avait rien trouvé de mieux que d’en mettre un (e) ? dans sa bouche). C’est lui aussi qui avait pris un frelon dans sa petite main. Ceux-là et leurs cousines les guêpes elles l’aimaient bien le domaine. Je n’ai pourtant pas souvenir d’énormément de piqûres.

Les vipères devaient être présentes dans une sauvagerie végétale pareille mais plutôt tranquilles.

La pluie, le soleil, quelques tempêtes, pas trop de neige (sauf à la fin). Avec la chorale des volatiles nous sommes restés là 16 ans sans trop voir le temps passer. On aurait dû faire plus attention.

Pardonne-moi cher lecteur, mais nous sommes tenus d’aller vider chopine chez la voisine, nous sommes gens polis, cela ne se refuse pas. On causera du bon temps. A plus tard.

kernoa @ 10:18
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La folle journée qui s’éternise (et ce n’est pas fini)

Posté le Samedi 20 août 2011

Cher ami lecteur, tu vas croire que je te promène : quelques jours pour ces virtuelles vacances et l’on s’englue en Morbihan alors que Dame Bretagne est à prendre. Je suis d’accord, j’avoue, j’abandonne…mais ne rompt point. Ce virtuel voyage m’épuise (je n’en fais rien voir à Phaéton qui dort tranquille), mais je te l’avoue, la malle aux souvenirs, si elle n’est parfois pas bonne à ouvrir n’est jamais facile à refermer.

Je t’offre, avec le virtuel accord des auteurs, une chanson de mon brave Gilles Servat qui te résume mon état d’esprit. Fut-elle, à l’origine, écrite pour des Bretons ? Sans doute. Mais j’aime (et lui aussi probablement) cette vidéo qui nous emporte un peu plus loin.

(La vidéo est sous titrée en arabe. Je ne connais pas cette langue, ne la lis ni ne la parle (j’aimerais bien) ; je ne sais rien du contenu qui est écrit, je m’en tiens à ce que j’entends.)

Fasse un jour que cette cynique politique du chiffre tombe, et leurs auteurs avec, dans les oubliettes de l’Histoire. Un peu d’humanité ne nuit jamais au genre humain.

A tous mes frangins d’Afrique, des Tropiques et d’ailleurs.

Merci Gilles pour cette belle chanson. Trugarez !

Image de prévisualisation YouTube

A demain.

kernoa @ 1:26
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La Folle journée….se termine presque

Posté le Jeudi 18 août 2011

« Cast a cold eye
On life, on death.
Horseman, pass by. »

La pierre tombale de Yeats me tourne dans la tête. Ces anglophones (un peu irlandais quand même) sont doués pour faire sentir les choses avec (pratiquement) des mots de trois ou quatre lettres.

Nous avons repris la route de Vannes, fait une petite dizaine de kilomètres. A droite dans le grand virage, le propriétaire de cette drôle de maison est assis dehors et regarde passer les voitures, comme il le fait pratiquement toujours quand le temps le permet. Tourner à gauche, une petite maison au carrefour sur la droite. Suivre le chemin. Côté gauche, un mur de pierres de 2 mètres de haut, qui n’en finit pas. Il entoure le parc du château, l’on m’a dit que le mur faisait 7 km. De temps à autre une grande grille de fer.

Le chemin est goudronné mais l’herbe pousse au milieu. Des prés à droite, un champ de temps en temps. Sur la gauche, après le virage qui nous éloigne du mur, de la forêt, non du bois plutôt. Si l’on jette un oeil (ce qui n’est guère conseillé car nous n’en avons que deux), l’enchevêtrement de branches tombées à terre, tout ce bois mort vous confortent dans l’idée que c’est peu souvent entretenu. Cela n’en vaut guère la peine car il ne faut pas chercher là-dedans quelque noble espèce.

Quelques centaines de mètres et la lande fait suite au bois. L’on m’a dit que tout avait brûlé en 1976. Il a repoussé ce qu’il a pu. Beaucoup d’ajoncs. C’est infranchissable. Cela s’étend sur quelques kilomètres. C’est partagé entre de nombreux propriétaires qui ont ainsi chacun une longue bande de terrain. Une seule famille s’occupait de son rectangle, coupant, essartant chaque année. Ils ont fait du bon travail, les petits arbres ont grandi. Cette longue (mais si étroite) entaille dans la sauvagerie d’alentour ressemblait à une sorte de saignée au début. Quand nous sommes partis cela avait déjà bien les aspects d’un petit bois dont les arbres dépassaient de plusieurs mètres leur congénères quasi-asphyxiés par la vermine végétale.

Laissons senestre car à droite cela s’éclaircit. Un grand pré doublé d’un champ après un petit bois. C’est ainsi qu’elle nous apparut. Maison coup de coeur, pourtant nous en avions vu beaucoup mais c’était celle-là !

La négociation fut aisée, l’emménagement moins facile car j’eus des mots avec le propriétaire à propos de l’antenne de télé. Il avait raison, il était en droit de récupérer son antenne. Puis aussi cette affaire de « dessous de table »(gabelous, il y a prescription). Je commis une involontaire maladresse dont je ne suis encore guère fier aujourd’hui.

« Mon vieux Phaéton, elle est ainsi telle que nous l’avons vue et y avons vécu quelques années. Ne va pas rompre ton attache pour y vélocer, tu ne reconnaitrais plus grand-chose.

Le progrès est passé par là qui fit construire une large route nationale là d’où nous venons, à peu près à hauteur du dernier virage. Plus d’accès de ce côté, cette route qui voulait relier Nantes fut pour nous l’égal d’un précipice. Elle eut raison de la santé de notre voisin qui en mourut. Pour partir nous irons tout droit, nos 800 mètres deviendront 2 kilomètres et nous ne passerons plus par les bois. Inutile de te décrire aujourd’hui l’état du chemin que nous venons de virtuellement prendre, l’herbe a dû bien en venir à bout. »

Je sens de la tristesse chez mon ami, il l’aimait bien ce petit chemin. Pour lui changer les idées je lui présente le domaine.

Un aparté cher lecteur, il faut bien se nourrir. Je suis allé ce matin quérir quelques moules, de bouchot bien sûr ; elles étaient petites et pimpantes comme il se doit, pour une fois je les fis « à la marinière » et non point en mouclade comme j’en ai l’habitude., la famille en fut surprise, mais telles je les voulais, comme tant nous en fîmes, achetées devant l’église de Ploërmel le dimanche matin, à cet aussi sympathique « boucholeur ». A lui toute ma sympathie: il fut (j’espère qu’il est encore) un grand personnage.

Ami (e) lecteur (ice),  je vais te demander de m’accorder un salutaire repos, te conter l’itinéraire  m’a un peu secoué. Je sollicite donc ton indulgence avant une visite en règle de la « chambrée » et du voisinage.

A demain.

kernoa @ 23:52
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La Folle Journée…intermède

Posté le Jeudi 18 août 2011

Nous sommes arrivés dans ce bout de lande qui fut le mien. Phaéton s’étonne mais je le reprends vite

« Je suis un âne, retournons à Malestroit ». J’ai en effet, cher lecteur, mais ne serait-ce pas un geste inconsidéré visant à lui donner plus d’importance, j’ai en effet omis de te conter comment j’obtins le permis de diriger Phaéton.

La voiture, je vous l’avoue, n’avait guère d’intérêt pour moi, les amis étaient là (merci Remi – sans accent svp-), l’autostop se pratiquait encore (et me conduisit loin) mais que voulez-vous, un jour la bête se réveille, désir d’autonomie, mais prit chez moi l’aspect d’un deux-roues motorisé. J’obtins donc le droit de conduire des 125 (que d’aventures !) puis des 400 et enfin les plus puissantes (à savoir autant que la japoniaiserie pût en produire);

Nous profitâmes, ma légitime et moi, d’une six et demi à cardan pour visiter l’Europe. Hélas (et tant mieux), son ventre vint à s’arrondir. Un peu avant (je mélange un peu..pardon), elle qui n’avait rien obtint sans difficulté le permis de conduire une voiture à quatre pneus.

Les ventres des filles ne grossissent pas éternellement et naquit l’aîné.

Une moto, deux places, un bébé. Problème d’autant plus complexe que j’avais couché la moto dans le fossé, à un petit 100kmh, à cause d’une sacoche mal fermée. Et ce jour là je le confesse, je n’avais rien bu, du moins pas grand-chose et en aucun cas une quantité qui m’interdit de conduire.

Je décidai donc de « passr le permis ». Repasser plutôt car une tentative dans le civil avait échouée (mémorable mais je n’en dirai rien).

Au service militaire l’on me demandât d’assurer quelques cours pour des gradés. Comme cela me sortait de l’ordinaire (comprenne qui pourra, j’étais alors à la cuisine), je le fis de bon coeur et le capitaine, brave homme, me donnât le droit de prendre des cours d’auto-école. Hélas les leçons tombèrent pendant que j’étais « libérable » (on se reconnaît les anciens ?). Les jours de permission accumulés rendent cette période assez loin des obligations militaires. Je pris (je ne sais plus) une ou deux heures de cours ce qui fit que quand le passage du permis arrivât, l’inspecteur, bien que magnanime, ne m’autorisât pas à sortir de la caserne (avec le recul, je le comprends). Second échec !

C’est le patron du « Goéland » de Malestroit qui me tint ce conseil « Vas voir Dédé Dubreuil »

Je l’ai vu Dédé dans sa maison près du canal. Première leçon « Tu m’enmènes à la préfecture, j’ai des papiers à donner ». 30km de nationale et la ville à traverser,  je ne sais même pas où elle est cette foutue préfecture !

Nous sommes arrivés et il n’est guère intervenu, les leçons passées avaient fait le reste. Un pédagogue ce Dédé. Pour imiter Audiard qui parlait de Jo le Trembleur, un vrai magicien.

Au retour il m’a dit « on va boire un coup ». Il avait ses habitudes dans une petite rue à gauche de la place du Bouffay en regardant l’église. J’ai eu le permis (en une ou deux fois je ne sais plus). Mais j’ai, pendant un temps, continué à « aller boire un coup » le dimanche matin avec Dédé et ses copains. Dans ses copains il y avait « Tonton’, on a sympathisé. Tous ou presque avaient fait l’Indochine, il y avait vingt ans entre nous. Ils connaissaient tout le monde et j’ai compris un beau matin, qu’aussi fier que j’ai été, c’est la ville qui m’avait adopté plus que l’inverse.

Puis tout est allé vite, Tonton est tombé malade. Nous l’avons enterré sur l’Ile aux Moines. Un bateau spécial pour le cercueil, la belle saison, des fleurs partout sur l’île. Pas de larmes mais une profonde tristesse, là tout au fond. Le Tonton il venait parfois à la maison, j’ai demandé à l’aîné, il ne s’en rappelle plus trop.

Tonton m’a confié quelques trucs que j’ai retrouvé dans le garage, rangés dans des cartons.

On jette ? m’a demandé le grand.

Non, non, on garde et pour longtemps j’espère.

Je n’ai pas revu le Dédé, le café a fermé et est devenu je ne sais plus quoi, enfin tout sauf un café.

 

 

kernoa @ 0:40
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Après Nantes…la Folle Journée

Posté le Mercredi 17 août 2011

Je n’ai guère dormi. Mon vieux complice l’a bien senti et s’est révélé aux aurores prêt à affronter la quatre voies et la bonne heure de route qui nous conduiront en ce petit coin de terre… Heureux Bretons qui peuvent rouler, certes à moindre vitesse ( 110km/heure) mais sans bourse délier échappant ainsi à la patte crochue de ces proxénètes des péages à qui l’on bradât pour bouchée de pain, il y a fort peu, le droit de tondre la laine sur le pauvre monde.

Nous partons à l’aurore, Phaéton se montre véloce en diable et je suis obligé de le ralentir quelque peu pour une amicale pensée du côté de Boceret en Nivillac, histoire de saluer le Jean-Marie, la Claudine et leurs enfants (et un certain Martil, voilier de bonne cape) et de repenser, avec émotion, aux joies que leur maison nous offrit. Joies d’ailleurs indissociables d’un éphémère groupe musical qui eut pour nom « Tartine et Chocolat », éclectique en diable, alliant le classique et la bossa. Je claque la bise à la famille, à Françoise, à Jean-Marcel et à ce talentueux théâtreux qui jouait si bien de la guitare, merci Bernard !. Je n’oublie pas les autres mais nous avons un long voyage.

Dame Bretagne a ainsi acquis le droit (c’est à vérifier) de donner du « en » à ces villages qu’ailleurs on nomme des hameaux alors qu’ici le village se nomme le bourg. Pays de bocage, les villages y sont nombreux et je crois plus d’un facteur parisien capable de perdre son latin devant la litanie de tous ces noms. Ici, on est du bourg ou d’ailleurs, mais on est toujours de quelque part.

Le jaune des genêts nous fait cortège (ne va pas, cher lecteur, m’objecter une quelconque défloraison estivale, je te rappelle que nous voyageons virtuellement et s’il me plaît de colorer la route en jaune n’en fait pas un casus belli).

« Non, cher Phaéton, nous n’avons pas le droit de nous arrêter sur le pont de la Roche-Bernard », je sais bien que le paysage est joli avec le port tout en bas (je ne lui dit rien des repas chez Drida avec le Jean-Marie). Il nous faut continuer.

Il obtempère, bon bougre, mais c’est à mon tour d’être dans l’expectative. Filer tout droit et c’est la bonne ville de Vannes ou tourner à droite direction Questembert.

Dans un voyage ordinaire les deux sont impossibles mais rappelle-toi, cher lecteur, que nous bourlinguons virtuellement. Alors, pas d’hésitation, nous fonçons tout droit.

Vannes, juste un mot sur la ville. C’est pour moi une cité « d’extérieur » (à l’aune de mes peu fiables souvenirs), une ville de déambulations familiales, une ville de manif aussi (combien en fîmes-nous ?) mais, à part la « librairie » à mi-côte en montant au-dessus de St Pattern, nul point d’attache mémorable (café connu, boulangerie renommée, boutique hurluberlue…Tout était de bonne facture mais j’ai plus de pensées pour la rue que pour un lieu). Non, j’y fus toujours le campagnard anonyme allant à la ville. Aucune rancune, c’est ainsi, je l’aime cette cité, elle est belle et je donnerais cher pour encore aller défiler dans ses rues avec les copains (j’en recauserai).

Laissons Vannes Phaéton et direction le Golfe du Morbihan, la petite mer. Tu vois je ne me suis pas trompé, Youn, adjoint au mer de St Armel et par ailleurs chanteur de Taillevent est chez lui. Pour un peu, comme il fait beau, le père Nono, caricaturiste ou plutôt dessinateur de presse (achetez le Télégramme !) et philosophe de son état sera là aussi.

Il y était ! On a mangé des langoustines, des bonnes, des vraies.

Nous n’avons pas eu besoin de nous dire grand-chose (on a évoqué le mémorable voyage des STT à Dublin il y a quelques années et j’ai avoué la disparition de « Ils sont fous ces Bretons » qu’ils m’avaient offert, on ne devrait jamais prêter ses livres). Ils ont bien compris pour avoir connu la même aventure.

Et les choses sérieuses vont commencer.

« Phaéton, gardez vous à gauche »……Bien qu’assez loin de Poitiers et de Jean le Bon (un roi qui sut prendre ses responsabilités), je ne peux m’empêcher d’avertir mon complice qu’ici tout est prétexte à fouiner dans la malle aux souvenirs. Il va nous falloir ordre et méthode car le temps nous est compté. Bien que virtuelle une journée ne fait que 24 heures. Même si la bilocation nous est possible nous n’en userons pas. Pas d’artifices.

Allons saluer ce bon vieux Berthelot, j’y connais du monde.Un moyen bien aisé de ma part d’éviter de vous raconter quel est ce monde-là. Tant à dire, tant à garder et si peu à jeter (un peu quand même).

Ils se reconnaîtront tous les linguistes, les matheux (dont celle en short qui me rendit mon départ plus facile, je l’embrasse, elle sait bien de qui je parle !), les scientifiques, les économistes, ceux de la bureautique, les amateurs du beau langage et de la philosophie, les gens de machines et d’industrie, les gardiens de la mémoire et de l’espace (une grosse bise à ma thésarde préférée), ceux qui n’ont pas de cartables mais de beaux survêtements, les maîtres des documents sans oublier tous les autres qui font tourner la machine. Je sais qu’un manquera à l’appel, il est parti rejoindre les quelques uns qui nous avaient quitté lorsque j’étais là-bas. Ne pas oublier, Phaéton, ne pas oublier.

Et bien entendu les chères têtes blondes !

Nous irons saluer les halles (elles sont belles hein ?) pleines de monde car c’est vendredi jour de marché. Le marchand d’anguilles est toujours à sa place.

Une halte au café breton à Rochefort en terre, dommage que tu ne puisses pas entrer, Phaéton, le décor en vaut la peine. Mais le bourg  (ça me reprend !) est joli et la pierre tombale qui fait office d’escalier extérieur pour accéder à l’église nous laisse toujours à voir son crâne (saluons les Ambassadeurs d’Holbein ; memento mori !-)

Nous sommes arrivés à Malestroit « petite cité de caractère ». C’est vrai qu’elle est belle cette petite cité (et, avouons-le, qu’elle s’est embellie les années passant).

Allons déjeuner au « Moulin à poivre », l’on y parlera Rugby avec Jeff et Gilbert le patron, les Blacks en septembre c’est tellement évident que je finis par en douter.

On passera saluer Yves Coppens en repartant, là aussi du beau monde, guère en nombre, une petite famille, mais bien sympa quand même. Il y a du y avoir pas mal de « retraitage » depuis le temps. Une pensée pour Jean-Pierre et sa famille, un bonhomme qui, avec le recul, eut sans doute le tort d’avoir raison avant les autres. Je leur souhaite de profiter au mieux de la vie.

Un saut à Bohal pour remercier le maire (un cours de géo de sixième bâti sans manuel mais riche des informations qu’il nous a données), pas mal d’émotion en passant devant chez cette amie trop tôt disparue, son mari, ses enfants, enfin ceux qui restent avant que ces foutues mobylettes..la route, un malheur de plus. Mélanie je t’embrasse.

Le grand Jacques, on a tous le Belge en tête, j’ai la chance d’en avoir deux. Je ne sais si le mien a vu Amsterdam comme l’autre, mais il reste un grand bonhomme qui n’a, dixit mon aîné qui l’a aussi fréquenté, jamais eu le nez assez grand pour porter ses lunettes qui risquaient leur vie en permanence tant il les portait à l’extrême bout…de son nez.

A cette heure il doit être à la terrasse de la « Vieille Auberge » à déguster son Colombelle.

Phaéton, une pensée pour ceux qui nous lisent. Une pause s’impose (c’est joli ça !). Cessons ce billet pour ce jour nous conterons la suite demain, allons donc la vivre !

kernoa @ 20:43
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Bernadette

Posté le Mardi 16 août 2011

Toujours virtuels visiteurs de Nantes la rebelle, nous déambulons Phaéton et moi autour de la place Graslin. Le théâtre, la célèbre brasserie, nous avons l’air de deux touristes matinaux.

« Pour sûr, vieux Phaéton (il ne s’offusque jamais que je le traite de vieux, c’est une bonne habitude que je vais dorénavant m’imposer), quelqu’un nous fait défaut. Quelqu’une plutôt, cette bonne Bernadette sans qui musarder en cette ville me semble bien difficile »

Oui, Phaéton, que n’ai-je dit (ou annoté) « N’écris pas comme tu parles », Bernadette c’est l’inverse, elle parle comme l’on devrait écrire. C’est surprenant au début de ne plus retrouver nos « y’aqua », notre « french popular touch » qu’émaillent, à notre grande honte, des mots condamnables aux Zétasunis. Petit à petit l’on s’y fait, l’on en prend l’habitude et l’on en finirait même par être choqués qu’elle puisse prononcer l’une de nos si nombreuses incongruités. Bref, je te le dis tout net, cher Phaéton, Bernadette c’est quelqu’un qui sait causer.

C’est pain béni cette femme-là, le sais-tu vieux complice ? D’abord ce n’est pas n’importe qui, c’est la « mairesse », la femme du maire, une expression que je tiens de ma grand-mère. Il me paraît, mais je peux me tromper, qu’elle l’employait avec un soupçon d’animosité, comme si la « mairesse » n’ayant en rien bénéficié du suffrage universel, sa position eût, en quelque sorte, un petit côté illégitime. A cette époque, imaginer une « maire » semblait très difficile, comme si la robe ne puisse convenir à l’écharpe. Autres temps, autres moeurs, c’est une « maire » qui dirige notre petite commune, elle y fait des choses intéressantes mais si j’en juge la façon dont on y circule, le sexe des anges, s’il est féminin, n’est en rien la garantie d’une réelle efficacité. Le challenger est un homme, j’ai lu son programme et je préfère de loin rester dans le giron féminin même si je jure souvent mes cent dieux contre certaines inepties. Ferais-je mieux ? Je suis loin d’en être sûr.

En ce qui concerne l’opposition à son cher maire Bernadette n’est guère gâtée. Il me souvient d’une scène dans la cour du lycée. Un élève, que j’estime encore beaucoup car il est bon cavalier (il a de qui tenir) et qu’il fut très sympathique. Je savais que ce garçon ne partageait pas mes idées et, au fond, j’en étais plutôt content. Je n’ai point de chapelle, tu le sais bien cher Phaéton. C’était un jour d’élections, il ne me souvient pas desquelles, peu importe. Le lycée était ouvert ce jour là, sans doute une…journée portes ouvertes. Je vis donc mon jeune homme dans la cour avec le chef de l’opposition à ses côtés, qui, semblant le protéger comme une poule un de ses poussins, lui tenait la bride l’empêchant tout contact avec « l’extérieur ». On eût dit quelque maître sectaire entraînant son disciple. Je respecte totalement les idées de cet homme mais je dois dire que cette attitude, ce jour là, me fit peur.J’en conserve encore le souvenir.
Mais je m’égare Phaéton, retiens-moi donc !

Bernadette c’est donc la femme du maire. Il fut un des premiers à tacher de rose un Morbihan rural quasi-uniformément bleu. Petite victoire qui ne saurait durer disaient les autres, laissez-venir les prochaines échéances. Elles vinrent et le bon Paul (mari de Bernadette) continuait à marier les tourtereaux de l’envoisinnage. Depuis il a coulé pas mal d’eau sous les ponts et le bel azur du département , même s’il reste majoritaire, n’en semble pas moins mité de rose. Avec une grosse tache du côté de Plöermel dont je voudrais amicalement biser la maire (tiens encore une, on progresse) et demander à son COP de compagnon à l’écharpe rouge,  de préparer l’apéritif en souvenir de Marseille dont il me fit si grand cas la dernière fois que nous nous vîmes. Qu’il se rappelle aussi de ce retour de Sarzeau sous une forte pluie (rare en Bretagne) qu’il fît sans essuie-glaces.

Bernadette m’a confié toute sa nichée en classe. Lourde épreuve pour la pauvre dame car les deux premiers se révélèrent assez rétifs à la norme éducative qui sévissait alors. Je n’aime guère parier sur l’avenir mais j’étais sûr de ces deux-là. Personnages aussi intéressants qu’atypiques leur scolarité fut loin d’âtre un long fleuve tranquille mais à la fin ils purent brandir fièrement leur diplôme. La petite dernière, qui était d’une autre facture était douée et scolaire, mais il me souvient d’un jour, malgré une sympathie commune pour « Harold et Maude » de Hal Ashby,  où je la fis beaucoup pleurer. Nous nous sommes ratés il y a quelques années, j’aurais voulu savoir si ce « coup de pied au cul lui avait rapporté de l’or » (dixit Bécaud dans Monsieur Pointu) ou si ce n’avait été que l’inutile agression d’un enseignant quelque peu paranoïaque. J’aurai ma réponse un jour et j’espère alors quoi savoir faire.

Tu vois Phaéton, des gens que j’estime. Mais pourquoi, cher Phaéton, parler du Morbihan où nous irons demain ? Je sais bien que c’est terre ducale ici, n’y peut on pas voir partout trace de la bonne Duchesse ? Quoi qu’en disent ceux qui ont dépecé son territoire pour en faire une entité bâtarde. Qu’est-ce donc que la Sarthe a à voir avec le Quai de la Fosse ? Une bien étrange idée qui se concrétisât sous le gouvernement d’un certain Maréchal.

Cher ami, visiter Nantes c’est bien mais le faire avec Bernadette c’est mieux. Nous partions comme pour un voyage au long cours (il y avait une bonne heure de route !), le car se garait le long des quais et c’est alors qu’elle entrait en scène. Tu laissais faire, ça déroulait tout seul. C’est dans l’île Feydau qu’elle donnait le meilleur d’elle-même. Quelques balcons du côté du Quai de la Fosse (elle les connaissait tous) nous rappelaient un bien triste passé. Taillevent n’avait à l’époque, pas encore enregistré cette superbe chanson de J.P. Ferrec. Celui-là et ses potes des Goristes j’en conterai plus tard, en attendant, on peut toujours aller faire un tour sur son site, je vous mets la page d’entrée, ça donne envie

ferrec.jpg

Aller chez Jean-Paul

Puisqu’on en parle, les Taillevent, vous ne me faites pas un procès si je vous pille encore un peu ? Bon, profitez mais n’hésitez pas à acheter leurs CDs, ça vaut la peine (mais je l’ai déjà dit dans un autre billet).

Allez, on va faire un tour dans le côté noir de la force (si j’ose dire). Ecoute mon Phaéton, c’est une belle chanson. Je suis sûr que Bernadette la connaît. Que nous l’eussions-nous utilisée en notre folle jeunesse (tardive) – je me suis lancé sans retour, à toi de me dire pour l’exactitude et  concordance des temps, n’hésite pas à mettre du rouge sur la copie !

On écoute et on apprécie (qui ne le ferait ?)

Ne vas pas imaginer quelque mante religieuse déguisée en adjudant de quartier qui t’imposerait son programme. Nous étions libres et « larges d’épaules » (merci Lavilliers!). Pour souvenir cette traversée de la ville en tramway où les élèves devaient dessiner le paysage.

Mais tout se finissait du côté du château ou dans la cathédrale, sous le soleil ou sous la pluie.

Et Bernadette « embrayait » et cela reste un grand souvenir.
Je reprenais un peu la main sur le Maillé-Brézé, ce bon vieil escorteur d’escadre amarré tout au bout du quai. Visite intéressante et assez peu connue des touristes, braves gens n’hésitez pas à le visiter, les guides ont la pour la plupart servi à son bord et selon que vous aurez un mécano vous passerez plus de temps en salle des machines que sur le pont si c’est un autre. N’ayez crainte, tous connaissent bien la bête et vous en sortirez plus savants.

Et ne terminez jamais la visite sans passer par le Musée des Beaux-arts, vous l’apprécierez, certes pas tant que sous la conduite de Dame Bernadette, mais il y a de quoi faire, soyez-en sûrs. Pour conclure on va se faire un petit cadeau, tiré de l’excellent site « Histoire par l’image ». Un petit cadeau pour mon amie mais je suis sûr qu’elle en a déjà eu connaissance. Il y est question des « Cribleuses » de Courbet
Que puis-je dire de plus, Phaéton mon bon ami, sinon que de la revoir nous ferait chaud au coeur ; l’avis valant d’ailleurs pour la famille, en entier ou au détail !

 

 

 

 

kernoa @ 1:06
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