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Archive pour la catégorie « Littérature »

Fernandel et les poupées russes……

Je fais suite ce jour à mes élucubrations du 29 juillet dernier que j’avais pompeusement nommées « Oh…ingrat ! »

Un extrait du « mouton à cinq pattes » s’échinait tant bien que mal à rehausser la platitude du propos. J’espère que vous aurez pris plaisir à voir cet étonnant capitaine risquer navire et cargaison en jouant à « la mouche ». A chaque fois que je regarde l’extrait je ne peux m’empêcher de penser à ce bon vieil Orchestre du Splendid (ça marche dans l’autre ses aussi !)
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Je voudrais; modestement, donner ici réponse à la question que tant de gens se posent à savoir « Pourquoi avoir référencé l’article dans la catégorie Littérature ? ».

L’histoire n’est pas l’enfant d’un obscur scénariste, elle sort tout droit d’ « Histoires sous le vent » de Jacques Perret.

Amis de la mer, du beau langage et gourmets de vocabulaire, embarquez donc dans « Le vent dans les voiles » et suivez donc ce brave Gaston le Torch remonter le temps pour venger l’honneur familial. A moins, si vous n’avez pas trop le pied marin, de préférer cette délirante histoire de drapeau des « Biffins de Gonesse ».

Je n’ai pas lu toute l’oeuvre du bonhomme, volontairement. Je me réjouis d’en garder pour l’avenir.

Une précision toutefois mais n’y voyez pas matière à polémique : si vous allez faire un tour sur le site officiel (ici)vous apprendrez dans les éléments biographiques :
« Mobilisé en 1939, il s’engage dans les corps francs au 334ème RI. Fait prisonnier en 1940 près de Longwy, il s’évade après trois tentatives en 1942 et entre dans le maquis au sein de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) jusqu’à la Libération.

Il continue d’écrire dans divers journaux et y pourfend régulièrement les Droits de l’homme, la démocratie, le parlementarisme tout en affirmant son attachement au régime monarchique. »

Partisan de l’Algérie française il aura pas mal d’ennuis sous de Gaulle.

Notre phaéton roule vélocement dans la direction contraire à ces idées-là ; faut-il pour autant ne pas reconnaître le talent là où il est ? Ne pas admettre le coup de pied au cul que fut la découverte du « Voyage » qui comme tant d’autres me conduisit au bout de la nuit ? Ne pas être honteux d’avoir apprécié « Le feu follet » de Drieu la Rochelle ?

Faire la part des choses…

 

Si vous allez faire un tour sur le site de l’Express vous y ferez connaissance avec une des plus belles sottises (diantre, je suis poli aujourd’hui) du monde du cinéma (ici).

Yves Robert et Tigibus (« si j’aurais su, j’aurais pas venu »), les Longevernes et les Velrans (‘ »à cul les Velrans ! »).

Vous aussi vous avez trouvé du bonheur et un reste d’enfance dans l’épique combat entre ceux de l’Aztec des Gués et ce brave Lebrac. Merci monsieur Pergaud
Quelqu’un a écrit un essai (il me pardonnera d’avoir oublié nom et titre, c’était à la radio, en voiture je n’ai pas noté).

Selon lui, dans notre si permissive société, ce brave Lebrac serait probablement en détention en Centre Éducatif Fermé pour pas mal de motifs.

Et vous avez de la tendresse pour un criminel ?



Oh…Ingrat !

Je vous sais des nerfs d’acier aussi je vous propose ce petit bijou de suce-pince ! C’est un extrait du « Mouton à cinq pattes » d’Henri Verneuil, sorti en 1954

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Je répondrai à la jeunesse qui me reprocherait de passer des extraits de films vieillots pour « faire du meuble » dans le blog d’un auteur qui a autant d’inspiration que la Grèce n’a de liquidités, je répondrai à cette jeunesse qu’elle fasse silence. Les Dents de la mer, L’Exorciste et Massacre à la tronçonneuse ne sont que du comique pipi de chat à côté de ce qui va suivre.

Pourquoi cet extrait me direz-vous ? Pourquoi instiller de la terreur dans le farniente estival ?

Et puis pourquoi classer cet article dans « Littérature » ?
J’ai mon idée, c’est une histoire de poupées gigognes, en fait, c’est le début d’un hommage…

Patience !
On clique sur le lien et…silence, ça commence…

La mouche



L’espérance du monde…pour Nils, Kévin, Hélène…et tous les autres

Une bonne journée, les enfants sont venus. Ce n’est guère facile d’avoir « entre quatorze et quarante ans  » (dixit Le Forestier à ses débuts), alors juste profiter un peu, se faire un petit plaisir et, une fois tout le monde parti, écouter le père Servat qui a tout compris.

Je ne vous ai jamais entretenu de Gilles Servat (que j’ai rencontré avec plaisir une fois à Vannes, quelle humanité !), c’est étrange parce ce qu’il me suit partout depuis quelques dizaines d’années.

C’est du talent.

Il n’y a pas une semaine que je n’ai une de ses chansons dans la tête.
La jeunesse est l’avenir d’un monde que nous n’avons pas su construire.

Séparées, recomposées, décomposées, fracturées, fracassées ; les familles évoluent, la mienne aussi.

Et guette la solitude…

Mais la jeunesse ?

Ben faut l’aimer mon Blaise, l’aimer d’autant plus que la tienne fut facile, et puis lui dire aussi, lui dire qu’elle a toutes ses chances, surtout lui dire qu’on l’aime !

Quand au breton, faudra s’y mettre parce que c’est une langue qui raconte de bien belles choses.

Alors promis !

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Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce grand bonhomme, un petit diaporama sur « Le moulin de Guérande ».

J’aime bien les gens qui font ces diapos, celui-ci est plutôt pas mal (bon, la grand-mère c’est pas ça et puis je crois que les oeillets dont il est question concernent plus les marais salants que les fleurs). Qu’importe !

Les paroles vous permettront d’apprécier la qualité d’écriture de celui qui est à mes yeux un sacré poète.

Merci Gilles !

Le moulin de Guérande
Le bourg de Batz debout sur les marais
Le Croisic tout au bout du grand trait
Sous les veilleurs, les souvenirs m’attendent
Et l’enfance en moi comme un matin

R:
Par-dessus le manteau d’Arlequin
Où les œillets se fendent sous le sol de Saint-Guénolé
Tournaient, tournaient les ailes du moulin de Guérande
Sur le grain de mes jours envolés
Sur le grain de mes jours envolés

Chemin de mer pour talus de rochers
Entonnoir de granit écorché
Passaient nos jeux, passaient nos vies gourmandes
Sur le clair sablier de Port-Lin

La mer a fuit l’auge de Saint-Goustan
A l’orée des lents oiseaux distants
Mon père, penché, ramassait des amandes
Des fruits de nacre et des couteaux marins

Sur son balcon allumé de bouquets
Ma grand-mère qui regarde les quais
Et les marais balançant des guirlandes
De bateaux beaux comme des ravins

Des soirs dorés des vieux cars fabuleux
Le soleil dans le pare-brise bleu
Citron brûlant éblouissante offrande
De l’été déjà sur le déclin
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Colas Breugnon bon bourguignon

Ce brave monsieur Sylvestre, dont je vous contais l’autre jour, professeur de français et de travail manuel (Dervé, à tes outils ! Sylvaine à tes aiguilles ma bonne militante !), celui qui m’apprit à me servir d’une pelle (j’en reparlerai), nous servit un beau jour ce petit texte en dictée. C’est du Romain Rolland (Colas Breugnon)

Surprise des « apprenants » ça rime et ce n’est pas une récit’ !

Je retins le texte puis plus tard, beaucoup plus tard, j’achetai le livre. J’avais envie ce jour d’y jeter un coup d’œil mais où le trouver dans mon fichu capharnaüm ? Recherche vaine car les étagères bas de gamme d’une célèbre marque suédoise suffisant à ranger une double rangée de livres de poche, le travail eût été surhumain en ces temps de vacances.

Jean Ray déjà me prit du temps…mais j’en vins à bout !

 

http://pegasus.ouvaton.org/article.php3?id_article=190

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Tombé heureusement, semble-t-il, dans le domaine public, je retrouvai vite le petit bijou sur la toile, c’est ici

Voici donc le fameux texte (nul besoin de le réécrire il… « résonne de loin dans mon âme attendrie »)

« Neuf heures alors sonnaient. Nous allions en Béyant, le trajet n’est pas long. Mais au pont de Beuvron, on s’arrête en passant (il faut bien s’informer de la santé des gens), pour saluer Fétu, Gadin et Trinquet dit Beau-Jean, qui commencent leur journée, assis sur la chaussée, à regarder l’eau couler. On devise, un moment, de la pluie et du beau temps. »

 Souvenirs, plaisir de la lecture, texte connu mais encore à découvrir (cent fois sur le métier…), tels ces bâtons de réglisse que l’on mâchouillait jusqu’à la fibre et qui, au bout du bout, étaient encore capables de vous surprendre.

 J’ai retrouvé ce petit passage ignoré en premières lectures car, à l’époque je n’y pensais guère, estimant à tout le moins nos dirigeants acquis à nul autre intérêt qu’à celui de la collectivité ! Gobe-lune que j’étais!

A la différence du cinéma, toute allusion à quelques personnes vivantes est bien entendu volontaire.

Merci Romain, de ta langue et de tes idées !

« Mais qui me dira pourquoi ont été mis sur terre tous ces animaux-là, tous ces genpillehommes, ces politiques, ces grands seigneurs, qui de notre France sont saigneurs, et, de sa gloire toujours chantant, vident ses poches proprement, qui, non rassasiés de ronger nos deniers, prétendent dévorer les greniers étrangers, menacent l’Allemagne, convoitent l’Italie, et dans le gynécée du grand Turc fourrent leur nez, qui voudraient absorber la moitié de la terre, et qui ne sauraient pas même y planter des choux !… Allons, paix, mon ami, ne te fais point de bile ! Tout est bien comme il est… en attendant qu’un jour nous le fassions meilleur (ce sera le plus tôt qu’il nous sera possible). Il n’est si triste bête qui ne puisse servir. J’ai ouï raconter qu’une fois, le bon Dieu (mais, Seigneur, je ne parle aujourd’hui que de vous ! ) avec Pierre se promenant, vit dans le faubourg de Béyant, sur le seuil de sa porte, assise, une femme se morfondant. Elle s’ennuyait tant que notre Père, cherchant dans sa bonté de cœur, de sa poche, dit-on, tira un cent de poux, les lui jeta, et dit : « Prenez, ma fille, amusez-vous ! » Lors la femme, se réveillant, partit en chasse ; et chaque fois qu’elle agrippait une bestiole, elle riait de contentement. C’est même charité, sans doute, si le Ciel nous a gratifiés, afin de nous distraire, de ces bêtes à deux pieds qui nous rognent la laine. Soyons donc gais, ô gué ! Vermine est, paraît-il, indice de santé. (Vermine, ce sont nos maîtres.) Réjouissons-nous, mes frères : car personne, en ce cas, n’est mieux portant que nous… Et puis, je vous dirai (à l’oreille) : « Patience ! nous tenons le bon bout. La froidure, les gelées, la canaille des camps et celle de la cour n’ont qu’un temps, s’en iront. La bonne terre reste, et nous pour l’engrosser. D’une seule ventrée, elle aura réparé… En attendant, buvons le fond de ma feuillette ! Il faut faire la place aux vendanges à venir. »



Récré

 

 

 

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Une grande tendresse depuis le lycée pour ce brave bonhomme qui vaut le détour !

Georges FOUREST (1867-1945) était avocat mais ne plaida jamais. Sur ses cartes de visite, il faisait figurer : « Avocat loin la Cour d’Appel ». Il a publié « La Négresse blonde », le « Géranium Ovipare,  » Contes pour les satyres », aux éditions José CORTI.  Tiré d’ici

 

PSEUDO-SONNET AFRICAIN ET GASTRONOMIQUE OU ( PLUS SIMPLEMENT ) REPAS DE FAMILLE

“Au bord du Loudjiji qu’embaument les arômes
des toumbos, le bon roi Makoko s’est assis.
Un m’gannga tatoua de zigzags polychromes
sa peau d’un noir vineux tirant sur le cassis.

 

Il fait nuit : les m’pafous ont des senteurs plus frêles ;
sourd, un marimeba vibre en des temps égaux ;
des alligators d’or grouillent parmi les prêles ;
un vent léger courbe la tête des sorghos ;

 

et le mont Koungoua rond comme une bedaine,
sous la lune aux reflets pâles de molybdène,
se mire dans le fleuve au bleuâtre circuit.

 

Makako reste aveugle à tout ce qui l’entoure ;
avec conviction ce potentat savoure
un bras de son grand-père et je juge trop cuit.”

 

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« Qui était-il  ?  » Ce poète, qui écrivait des vers fort peu bourgeois, vivait comme un bourgeois. Il avait des rentes provenant, je crois, de ses propriétés du Limousin et qui lui permettaient de mener une vie libre de lettré et de curieux. Il était bon père et bon époux, heureux dans sa famille et ne se signalait par aucune excentricité particulière. Au physique, on remarquait sa barbichette pointue et sa calvitie.
Mais si Georges Fourest aimait la blague, si ses vers sont souvent pleins d’humour noir ou de fantaisie légère, il était avant tout un lettré. Grand amateur des petits poètes du XVIIe siècle, Scarron, Saint-Amant, Colletet, d’Assoucy, qu’il reconnaissait pour ses prédécesseurs, il avait également une forte culture philosophique et même théologique (car cet iconoclaste qui plaisantait même sur sa propre mort était un catholique pratiquant). Amoureux des Belles-Lettres, il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques. »

Claude Bonnefoy

 

Tiré du site des éditions José Corti, c’est ici (il y a d’autres citations  et non des moindres ainsi qu’une bio qui vaut la peine)

 

Le Cid

Le palais de Gormaz, comte et gobernador
est en deuil; pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voile noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or …

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

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Mon préféré pour conclure

Un homme

Justum et tenacem propositi virum
Horace
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Alfred de Vigny

 

Quand le docteur lui dit : « Monsieur, c’est la vérole
indiscutablement ! », quand il fut convaincu
sans pouvoir en douter qu’il était bien cocu
l’Homme n’articula pas la moindre parole.

Quand il réalisa que sa chemise ultime
et son pantalon bleu par un trou laissaient voir
sa fesse gauche et quand il sut que vingt centimes
(oh ! pas même cinq sous !) faisaient tout son avoir

il ne s’arracha point les cheveux, étant chauve,
il ne murmura point : « Que le bon Dieu me sauve ! »
ne se poignarda pas comme eût fait un Romain,

sans pleurer, sans gémir, sans donner aucun signe
d’un veule désespoir, calme, simple, très-digne
il prononça le nom de l’excrément humain.



Encore un mystère

Tout cela, c’est de la faute à Chartier, il ne fallait pas que j’en cause !

Je revoyais ce Paris des années 70 (dans les débuts), les manteaux afghans en poils de chèvre qui pour la plupart emboucanaient l’entourage. Du foyer d’étudiants de la rue de la Victoire (9e) aux Grands Boulevards on passait le plus souvent par la rue du Faubourg-Monmartre (et par conséquent devant le bouillon ci-dessus mentionné). Les moeurs s’étaient pas mal libéralisées et les cinémas « cochons » (plus tard on dirait X) fleurissaient un peu partout.

Un de nos sports nationaux était de repérer les titres des films les plus drôles du genre. Je me suis dit que ça devait pouvoir se retrouver pour vous en faire profiter. Dont acte

C’est ici (mais c’est pas pour les zenfants !).

Faites votre marché vous-même, perso j’ai toujours eu un faible pour « Le nain l’avait grosse » et « L’arrière-train sifflera trois fois » !

Mais ce n’est pas de ces grivoiseries que je souhaitais vous entretenir. Le premier site (assez incomplet) nous renvoie vers « echolalistes » qui devrait fournir plus de renseignements, explorons explorons…

Vertige !

Ca fait peur toutes ces listes !
J’ai choisi au hasard (yenaquatre) et j’ai trouvé cela

4garçons

 

Nous sommes bien loin de beatles

 

J’ai voulu en savoir un peu plus sur ce livre. En fait il s’agit d’un ouvrage allemand sur la Première Guerre mondiale

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Qui a été traduit en français sous le titre

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Alors comment expliquer la transformation ? Facétie de l’éditeur ou bidonnage anti-Beatles ?

Un excellent site sur la littérature de la Grande Guerre, c’est ici (choisir bibliothèque)



Le Fouquet’s au XVè siècle

Le brave Jehan Meschinot, dans ses « Lunettes des Princes » n’y allait pas de main morte avec les inégalités.

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« A la fois suffit une cavale… » : notre président et sa joyeuse bande ont là de quoi méditer et constater que ce peuple « pillé tant l’hyver que l’esté » a « trop posvre été ».

On peut toujours rêver…

Coup de chance d’avoir trouvé ce bouquin en accès gratuit sur le net

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C’est ici

 

Tri Yann l’avait chanté à ses débuts (Album « La Découverte ou l’Ignorance »)

 

Le Fouquet's au XVè siècle dans Littérature mp3 04piste4.mp3

 

Vous qu’en mains tenez tout votre peuple
Pillé tant l’hyver que l’esté,
Voyez qu’il a trop povre esté.
Sont cours aux robins des Princes de Bretaigne,
Sont coulps aux villains si Princes les dédaignent,
Ni les cours aux villains, ni les coulps aux robins.

C’est par desplaisir, fain et froidure
Que les povres gens meurent souvent,
C’est sans déplaisir, fain ni froidure,
Que seigneurs entre eux vont battant.

Seigneurs nous tenez comme rebelles,
Parlant plus en hault qu’en bas ton.
Justice ne menez qu’au baston.

Gens qui de justice avez la charge,
Par trop n’y voyez qu’en prélats,
De vous en parler suis très las.

Souvent vous tenez femme pour folle,
Qui se vend pour le plus donnant,
Mais pire faictes-vous bien souvent.

A la fois suffist une cavale,
Au Roy une robe ung hostel.
Le roy se mourra, je suis tel.

 

 

Vous n’aurez pas manqué de constater ici que les paroles diffèrent de l’original

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Il n’empêche, j’aime à penser la bande du Fouquet’s comme

« Qu’en seigneurs se vont esbatant »
« O inhumains et dommageux
Qui nom portez de seigneurie »

La fois prochaine nous évoquerons « La Princesse de Clèves »

Rangez vos affaires !



Réminiscence solognote

Je suis allé faire un tour chez ce vieil anar d’Henri Tachan histoire de voir si y’avait du monde

Ce soir, c’est fête. Ce soir, j’ai invité
Mozart, Beethoven, Schubert et Rossini.
Autour d’un verre, au chaud dans ma chambrée,
On va se jouer une petite mélodie

Et sur les notes, on oubliera le monde,
Qui n’en finit pas de tourner.
De marches funèbres et de tombeaux en tombes,
On oubliera l’humanité.
J’ai feuilleté un peu les CD, un gros cadeau à se faire un improbable jour de richesse !

 

tachan
J’ai découvert celle-ci que je ne connaissais pas.

J’ai relu « Le Grand Meaulnes »

Paroles : Henri Tachan
Musique : Jean-Paul Roseau

Avant-hier, bêtement, j’ai relu « Le Grand Meaulnes »,
J’ai traqué mon enfance au fil des pages jaunes,
Dans un coin de grenier, j’ai voulu, sans vergogne
Et sans billet, refaire mon voyage en Sologne,
Dans un coin de grenier, j’ai voulu, sans vergogne
Et sans billet refaire mon voyage en Sologne,

Mais j’ai bien, j’ai bien trop lu, trop lu
De livres pour les grands:
Ah! Dieu, que je suis déçu, déçu
Par mes livres d’enfants!

Hier matin, je m’embarque, pour un pélerinage,
Vers mes quinze ans blottis dans leur petit village,
Le coeur battant, le long d’un sentier d’haridelles,
J’attends Baffalo Bill sur un coin de margelle,
Le coeur battant, le long d’un sentier d’haridelles,
J’attends Baffalo Bill sur un coin de margelle,

Mais j’ai bien, j’ai bien trop vu, trop vu
De palais formidables:
Ah! Dieu, que je suis déçu, déçu
Par mes châteaux de sable!

Aujourd’hui je te parle, comme à une étrangère,
Mon aimée d’autrefois, ma mie, mon écolière,
Et, te disant bonjour, je voudrais, tant et tant,
Te dire que notre amour a encore dix-huit ans,
Et, te disant bonjour, je voudrais, tant et tant,
Te dire que notre amour a encore dix-huit ans,

Mais j’ai bien, bien trop couru, couru
Les filles de passage:
Ah! Dieu, que je suis déçu, déçu
Par les dames trop sages!

Demain, je blanchirai, à l’ombre d’un sapin,
De routine en regrets, de regrets en refrains,
Et j’essaierai encore, une dernière fois,
De refaire, à rebours, mon long chemin de croix,
Et j’essaierai encore, une dernière fois,
De refaire, à rebours, mon long chemin de croix,

Mais, je n’aurai jamais pu, non jamais pu
Apprivoiser le Temps:
Ah! Dieu, que je suis déçu, déçu,
Que je suis décevant!

 

Le Grand Meaulnes, la dictée de 4e avec ce brave monsieur Sylvestre (quel bon homme, la césure est volontaire). Après quatre heures, qu’est-ce que je ai aimé ce texte. Sans doute l’un des premiers émois littéraires…

« Avant sa venue, lorsque le cours était fini, à quatre heures, une longue soirée de solitude commençait pour moi. Mon père transportait le feu du poêle de la classe dans la cheminée de notre salle à manger; etpeu à peu les derniers gamins attardés abandonnaient l’école refroidie où roulaient des tourbillons de fumée. Il y avait encore quelques jeux, des galopades dans la cour; puis la nuit venait; les deux élèves quiavaient balayé la classe cherchaient sous le hangar leurs capuchons et leurs pèlerines, et ils partaient bien vite, leur panier au bras, en laissant le grand portail ouvert… Alors, tant qu’il y avait une lueur de jour, je restais au fond de la mairie, enfermé dans le cabinet des archives plein de mouches mortes, d’affiches battant au vent, et je lisais assis sur une vieille bascule, auprès d’une fenêtre qui donnait sur le jardin. Lorsqu’il faisait noir, que les chiens de la ferme voisine commençaient à hurler et que le carreau de notre petite cuisine s’illuminait, je rentrais enfin. Ma mère avait commencé de préparer le repas. Je montais trois marches de l’escalier du grenier; je m’asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans l’étroite cuisine où vacillait la flamme d’une bougie. Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes. »

 

La première grande boucherie du siècle avait commencé le 3 août 1914

Mobilisé dès la déclaration de guerre, en août 1914, Alain Fournier rejoint le front de Lorraine comme lieutenant d’infanterie. Le 22 septembre 1914, il est porté disparu au sud de Verdun, dans les Hauts-de-Meuse. Il n’avait pas encore vingt-huit ans.

Ses restes n’ont été découverts qu’en mai 1991 dans une fosse commune où les Allemands l’avaient enterré avec vingt de ses compagnons d’armes. Identifié six mois plus tard, son corps est maintenant inhumé dans le cimetière militaire de Saint-Remy-la-Calonne (Meuse).

Si vous souhaitez en savoir plus c’est ici

 

FOURNIER

« Quelle connerie la guerre ! »



Combat perdu mais mots retrouvés

A la perpétuelle et vaine lutte contre l’envahissant papier s’ajoute maintenant la chasse aux  fichiers dévoreurs de place sur les disques dur. Haro sur l’obésité informatique, taillons, tranchons, éliminons, de fringants petits nouveaux piaffent à la porte, sachons les accueillir !

Et bien entendu c’est un combat perdu d’avance, on trébuche sur le premier répertoire un peu étrange, que l’on avait mis de côté pour plus tard. On ouvre. « Bons dieux mais c’est bien sûr, je l’avais oublié celui-là ! » et nous voilà replongé dans la lecture. Oubliées les bonnes résolutions, l’appétit d’air frais, ce sera pour plus tard.

Dans mon cas c’était le « vocabulaire rayen » que j’avais tiré du très bon site consacré au prolifique auteur belge voir ici

 

Malpertuis

 

L’âme bourrelée de remords, il piquait sa fourchette dans les grasses dodines, tranchait les filets, écrasait les compotes [...]. Malpertuis, chap. II

Dans un parc poussiéreux, où tombait une fine pluie de fraisil, nous occupions un banc à têtes de guivres en fonte. Mondschein-Dampfer, in La Croisière des Ombres

Shadwell suit, fuligineux, décrépit, piqué de bâtisses neuves, que déjà la lèpre de misère entame malgré leur jeunesse, pour finir dans la bonne humeur crasseuse de Wapping. Jack-de-Minuit, chap. II  

Les coloniaux qui s’en vont, et qui n’ont cure de se charger de leur progéniture masculine, y envoient leurs fils et se contentent de payer régulièrement leur minerval et le prix de la pension. Harry Dickson, Le secret de Bray-House, chap. I

La tapisserie parviflore des murs disparaissait sous une multitude de trésors à quatre sous : une citole aux cordes éclatées, des fleurs séchées sous verre, fixées à la bassorine [...]. La Cité de l’indicible peur, chap. V

 

cité

 

Tiens je vais fouiller pour en retrouver un ou deux et les relire, le ménage attendra !



L’école à Couté

Lavisse

http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2007/02/23/4122813.html

 

Socle commun des compétences, LPC, HDA…..Ne serions-nous rien d’autre que de grands « malafaiseux » devant la nature ?
Pour en savoir plus sur le poète beauceron c’est ici
 

L’ECOLE

Les p’tiots matineux sont ‘jà par les ch’mins
Et, dans leu’ malett’ de grousse touél’ blue
Qui danse et berlance en leu’ tapant l’cul,
I’s portent des liv’s à coûté d’leu pain.

L’matin est joli coumm’ trent’-six sourires,
Le souleil est doux coumm’ les yeux des bêtes…
La vie ouvre aux p’tiots son grand liv’ sans lett’es
Oùsqu’on peut apprend’ sans la pein’ de lire :
Ah ! les pauv’s ch’tiots liv’s que ceuss’ des malettes !

La mouésson est mûre et les blés sont blonds ;
I’ s’ pench’nt vars la terr’ coumm’ les tâcherons .
Qui les ont fait v’ni’ et les abattront :
Ça sent la galette au fournil des riches
Et, su’la rout’, pass’nt des tireux d’pieds d’biche.
Les chiens d’ deux troupets qui vont aux pâtis,
Les moutons itou et les mé’s barbis
Fray’nt et s’ent’erlich’nt au long des brémailles
Malgré qu’les bargers se soyin bouquis
Un souér d’assemblé’, pour eune garçaille.
Dans les ha’s d’aubier qu’en sont ros’s et blanches,
Les moignieaux s’accoupl’nt, à tout bout de branches,
Sans s’douter qu’les houmm’s se mari’nt d’vant l’maire,
Et i’s s’égosill’nt à quérrier aux drôles
L’Amour que l’on r’jitt’ des liv’s'de l’école
Quasi coumme eun’ chous’ qui s’rait pas à faire.
A l’oré’ du boués, i’ s’trouve eun’ grand crouéx,
Mais les peupéiers sont pus grands dans l’boués.
L’fosséyeux encave un mort sous eun’ pierre,
On baptise au bourg : les cloches sont claires
Et les vign’s pouss’ vart’s, sur l’ancien cim’tiére !

Ah ! Les pauv’s ch’tiots liv’s que ceuss’ des malettes !
Sont s’ment pas foutus d’vous entrer en tète
Et, dans c’ti qu’est là, y a d’quoué s’empli l’coeur !
A s’en empli l’coeur, on d’vienrait des hoummes,
Ou méchants ou bons – n’importe ben coumme! -
Mais, vrais coumm’ la terre en friche ou en fleurs,
L’souleil qui fait viv’e ou la foud’ qui tue.
Et francs, aussi francs que la franch’ Nature,
Les p’tiots ont marché d’leu’s p’tit’s patt’s, si ben
Qu’au-d’ssus des lopins de seigle et d’luzarne,
Gris’ coumme eun’ prison, haut’ coumme eun’ casarne
L’Ecole est d’vant eux qui leu’ bouch’ le ch’min.

L’mét’ d’école les fait mett’e en rangs d’ougnons
Et vire à leu’têt’ coumme un général :
 » En r’tenu’, là-bas !… c’ti qui pivott’ mal !… »
Ça c’est pou’ l’cougner au méquier d’troufion.

On rent’ dans la classe oùsqu’y a pus bon d’Guieu :
On l’a remplacé par la République !
De d’ssus soun estrad’ le met’ leu-z-explique
C’qu’on y a expliqué quand il ‘tait coumme eux.
I’leu’ conte en bieau les tu’ri’s d’ l’Histouére,
Et les p’tiots n’entend’nt que glouère et victouére :
I’ dit que l’travail c’est la libarté,
Que l’Peuple est souv’rain pisqu’i’ peut voter,
Qu’les loués qu’instrument’nt nous bons députés
Sont respectab’s et doiv’nt êt respectées,
Qu’faut payer l’impôt…  » Môssieu, j’ai envie ! …
- Non ! .., pasque ça vous arriv’ trop souvent ! »
I veut démontrer par là aux enfants
Qu’y a des régu’s pour tout, mêm’ pou’la vessie
Et qu’i’ faut les suiv’déjà, dret l’école.

I’pétrit à mêm’ les p’tits çarvell’s molles,
I’rabat les fronts têtus d’eun’ calotte,
I’ varse soun’ encr’ su’ les fraîch’s menottes
Et, menteux, fouéreux, au sortu’ d’ses bancs
Les p’tiots sont pus bons qu’â c’qu’i’ les attend:

Ça f’ra des conscrits des jours de r’vision
Traînant leu’ drapieau par tous les bordels,
Des soldats à fout’e aux goul’s des canons
Pour si peu qu’les grous ayin d’la querelle,
Des bûcheux en grippe aux dents des machines,
Des bons citoyens à jugeotte d’ouée :
Pousseux d’bull’tins d’vote et cracheux d’impôts,
Des cocus devant l’Eglise et la Loué
Qui bav’ront aux lév’s des pauv’s gourgandines,
Des hounnètes gens, des gens coumme i’faut
Qui querv’ront, sarrant l’magot d’un bas d’laine,
Sans vouer les étouel’s qui fleuriss’nt au ciel
Et l’Avri’ en fleurs aux quat’ coins d’la plaine !…

Li ! l’vieux met’ d’école, au fin bout d’ses jours
Aura les ch’veux blancs d’un déclin d’âg’ pur ;
I’ s’ra ensarré d’l'estime d’tout l’bourg
Et touch’ra les rent’s du gouvernement…
Le vieux maît’ d’écol’ ne sera pourtant
Qu’un grand malfaiseux devant la Nature !..

Gaston Couté
Assemblée = fête du village
Berlancer = Balancer, remuer au vent.Blue = Bleu.Bouquis (se bouquir ou se bouquiner) = Vieux terme beauceron peu usité signifiant se fâcher comme boucs et lièvres quand ils couvrent leurs femelles.
Brémailles = Broussailles, bruyères emmêlées.
Ch’tiots = Les petits enfants et aussi les objets de peu de volume et de valeur.
Drôles = Les gamins.
Etouel’s = Etoiles.
Guieu = Pour Dieu.
Licher = Pour lècher, boire, avaler.
Loués = Pour lois.
Malette = Sac d’écolier ancien en forme de petite malle où étaient les livres, les cahiers et parfois le déjeûner et le goûter des écoliers éloignés de l’école.
Méquier = Métier.
Pâtis = petit pré



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